De la scène au cloud : ce que révèle l’affaire Anthony Zappier sur l’usage des body cam footage

Lorsque l’affaire Anthony Zappier et la diffusion massive de body cam footage ont fait la une, une question centrale a émergé pour les professionnels du digital et du marketing : que se passe-t-il réellement entre le moment où la scène est filmée et celui où la vidéo se retrouve analysée, stockée, parfois découpée, commentée et repartagée dans le cloud ? Derrière le scandale juridique et médiatique, c’est tout un écosystème de flux de données, d’automatisations et de workflows qui se dessine – un terrain sur lequel des outils comme Zapier jouent déjà un rôle majeur.

Pour les entreprises, les agences marketing, les legaltech ou les structures publiques qui manipulent de la vidéo sensible (sécurité, formation, conformité), comprendre ce que révèle ce type d’affaire est devenu stratégique : sécurité, traçabilité, automatisation des tâches et respect du cadre légal doivent désormais être pensés ensemble.

De la caméra au cloud : ce que raconte vraiment l’affaire Anthony Zappier

Une affaire de body cam… mais surtout de flux de données

Les caméras-piétons (body cams) ne sont plus réservées aux forces de l’ordre. Sécurité privée, événementiel, logistique, retail, santé, assurance : de nombreux secteurs les adoptent pour documenter des interventions, réduire les litiges ou former les équipes.

L’affaire Anthony Zappier met en lumière un problème central : le risque de dérive quand ces images, initialement captées pour la preuve, la transparence ou la sécurité, se retrouvent :

  • extraites de leur contexte initial ;
  • stockées sur des serveurs tiers sans politique claire ;
  • repartagées, commentées ou montées ;
  • potentiellement monétisées ou utilisées à des fins marketing.

Vu sous l’angle business et productivité, on pourrait être tenté d’automatiser ces usages : envoi automatique de la vidéo vers un cloud sécurisé, génération d’un rapport d’intervention, notification d’un supérieur hiérarchique, intégration dans un dossier client ou juridique. C’est précisément le type de chaines qu’on peut construire avec Zapier… mais c’est aussi là que naissent les risques.

Entre besoin opérationnel et tentation d’hyper-exploitation

Dans la plupart des entreprises qui déploient des body cams, la logique de base est simple :

  • capturer la réalité du terrain pour se protéger et protéger les équipes ;
  • constituer une preuve en cas de litige ;
  • analyser les pratiques pour améliorer la formation.

Mais à mesure que les données vidéo abondent et que les outils d’IA analysent automatiquement les contenus (reconnaissance de scènes, transcription, détection d’événements), la frontière entre “preuve nécessaire” et “matière première exploitable” devient floue. On peut alors être tenté de :

  • taguer automatiquement chaque vidéo (lieu, type d’incident, client concerné) ;
  • envoyer des extraits dans des CRM ou des outils de support ;
  • utiliser certains passages en interne (ou pire, en externe) à des fins de communication.

C’est dans ce glissement que se nichent les problématiques mises en lumière par l’affaire Anthony Zappier : consentement des personnes filmées, droit à l’oubli, détournement de finalité, sécurisation des flux, maîtrise des accès et des automatisations.

Les enjeux juridiques et éthiques : ce que les pros du digital doivent retenir

RGPD, vie privée et données sensibles

En Europe, une grande partie des body cam footage relève clairement du champ du RGPD. On parle souvent de “simple vidéo”, mais dans les faits, ces images contiennent :

  • des visages identifiables ;
  • des plaques d’immatriculation ;
  • des lieux privés ;
  • parfois des données de santé, des situations de détresse, des mineurs, etc.

Le RGPD impose notamment :

  • une base légale claire (intérêt légitime, obligation légale, consentement…) ;
  • une limitation de la finalité (on ne peut pas tout faire avec ces images) ;
  • un principe de minimisation (ne stocker que le nécessaire, pas tout pour toujours) ;
  • des durées de conservation définies ;
  • des mesures de sécurité et de traçabilité robustes.

Pour celui ou celle qui conçoit des automatisations autour de ces vidéos via Zapier, cela signifie que chaque étape du workflow doit pouvoir être justifiée juridiquement : pourquoi cette intégration, pourquoi ce stockage dans tel drive, pourquoi ce partage dans tel outil collaboratif, pourquoi cette conservation au-delà de X jours ?

Éthique de l’IA et exploitation des images

Les outils d’IA connectés via API à Zapier ouvrent des scénarios très puissants :

  • transcription automatique du son ;
  • résumé textuel des interactions ;
  • détection des mots-clés (insultes, menaces, urgences médicales) ;
  • génération automatique de rapports d’incident.

Mais l’affaire Anthony Zappier rappelle qu’une image “documentaire” peut rapidement devenir “spectaculaire” dès qu’elle sort de son cadre initial. Sur le plan éthique, trois points clés se posent pour tout décideur qui veut industrialiser l’usage des body cams via des workflows automatisés :

  • Qui a le droit de voir quoi ? L’outil de diffusion interne doit-il être connecté par défaut ? Qui reçoit les notifications générées par les Zaps ?
  • Quelle exploitation secondaire est permise ? Formation interne uniquement ou communication externe possible ? L’affaire Zappier illustre jusqu’où la dérive peut aller quand ces frontières sont floues.
  • Comment gérer les demandes des personnes filmées ? Droit d’accès, de suppression, de limitation du traitement… Comment un workflow automatisé respecte-t-il ces exigences ?

En clair : on ne peut plus construire des scénarios Zapier autour de vidéos sensibles comme on configurait autrefois un simple flux RSS. Chaque automatisation doit intégrer la dimension “privacy by design”.

Du terrain au cloud : concevoir des workflows vidéo responsables avec Zapier

Cartographier le cycle de vie d’une body cam footage

Avant de lancer le moindre Zap, il est utile de cartographier le cycle de vie complet d’une vidéo de body cam. Typiquement :

  • Capture sur le terrain
  • Upload initial (dock, appli mobile, synchronisation automatique)
  • Stockage primaire (cloud privé, solution spécialisée, serveur interne)
  • Indexation et métadonnées (date, lieu, agent, type d’intervention)
  • Consultation et analyse (visionnage, transcription, rapport)
  • Exploitation secondaire (formation, juridique, relation client, assurance)
  • Archivage ou suppression (au terme de la durée de conservation définie)

Zapier intervient comme “colle” entre ces étapes. L’enjeu n’est pas uniquement d’automatiser, mais d’automatiser avec des garde-fous :

  • limiter les copies et les redondances inutiles ;
  • éviter les envois vers des outils non conformes ;
  • documenter automatiquement ce qui est fait (log des actions) ;
  • accélérer la suppression ou l’anonymisation quand les délais sont atteints.

Exemples de scénarios d’automatisation responsables

Voici quelques types de Zaps qui peuvent transformer un usage “bricolé” des body cams en workflow maîtrisé :

  • Workflow 1 – Upload sécurisé et journalisation

    • Déclencheur : nouvelle vidéo ajoutée dans un dossier sécurisé (Google Drive, S3, service spécialisé).
    • Actions :
      • Copie de la vidéo vers un stockage chiffré dédié aux preuves légales.
      • Création automatique d’un enregistrement dans un tableur ou un outil de base de données (Airtable, Notion, base interne) avec :
        • date/heure de capture ;
        • agent ou collaborateur concerné ;
        • lieu ou site ;
        • lien vers la vidéo sécurisée.
      • Notification discrète à un responsable conformité pour les cas sensibles.
  • Workflow 2 – Analyse automatisée, mais contextualisée

    • Déclencheur : nouvelle vidéo marquée “incident” dans le système.
    • Actions :
      • Envoi de l’audio vers un service de transcription conforme (API choisie avec soin).
      • Stockage de la transcription textuelle dans un dossier sécurisé lié au dossier juridique ou au ticket de support.
      • Génération automatique d’un résumé textuel pour le service juridique, avec filtre sur les données trop sensibles.
  • Workflow 3 – Gestion des durées de conservation

    • Déclencheur : arrivée à la date de péremption (par exemple, 90 ou 180 jours après l’incident).
    • Actions :
      • Vérification automatique des statuts (litige en cours, enquête ouverte, demande de conservation prolongée).
      • Si aucune exception : suppression de la vidéo et de ses copies ; mise à jour de la base de suivi.
      • Si exception : prolongation documentée, avec alerte au DPO ou au service juridique.

Dans chaque cas, le rôle de Zapier n’est pas de “rendre les choses plus virales”, mais au contraire de rendre les traitements plus rigoureux, plus traçables et plus prévisibles.

Limiter le “shadow workflow” : l’ennemi invisible

L’une des leçons de l’affaire Anthony Zappier, pour les responsables digitaux, est le danger du “shadow IT” et, par extension, du “shadow workflow” : ces automatisations non documentées, créées par des équipes ou individus sans validation juridique ni conformité.

Avec un outil no-code comme Zapier, il est facile pour un collaborateur bien intentionné de :

  • lier un service de stockage vidéo à un outil de partage interne ;
  • ajouter un canal Slack qui prévient toute une équipe dès qu’une nouvelle vidéo est disponible ;
  • envoyer automatiquement des extraits vidéo à un outil d’IA externe pour “analyse des émotions” ou scoring de risque.

Sans politique claire, ces automatisations peuvent progressivement transformer un dispositif de preuve en machine à exposer des contenus très sensibles, y compris à des personnes ou des services qui n’auraient jamais dû y avoir accès.

Pour réduire ce risque, il est pertinent de :

  • centraliser la gestion du compte Zapier (ou des dossiers d’équipes) ;
  • définir des règles de gouvernance (quels connecteurs sont autorisés pour les vidéos ? quels environnements sont proscrits ?) ;
  • mettre en place des revues régulières des Zaps existants ;
  • documenter publiquement, en interne, les workflows liés à la vidéo.

Comment exploiter Zapier pour rendre les usages de body cam plus sûrs (et pas l’inverse)

Structurer une “charte des automatisations vidéo”

Pour une organisation qui filme et stocke régulièrement des images de type body cam, la première étape n’est pas technique mais stratégique : définir une charte des automatisations autorisées.

Cette charte peut inclure :

  • les scénarios de traitement vidéo jugés indispensables (preuve juridique, sécurité, formation interne filtrée) ;
  • les scénarios explicitement interdits (exploitation marketing sans base légale, diffusion publique non anonymisée, analyse biométrique non justifiée) ;
  • les types d’outils que Zapier est autorisé à connecter aux répertoires vidéo (seulement certains stockages, certains outils d’IA, certains CRM) ;
  • les niveaux d’accès par service (juridique, RH, formation, direction, opérations).

En combinant cette charte avec la puissance de Zapier, on peut concevoir des Zaps “modèles” qui deviennent des standards internes pour le traitement des body cam footage, plutôt que de laisser chacun improviser ses intégrations.

Automatiser la conformité plutôt que la contourner

Un réflexe fréquent consiste à percevoir la conformité comme un frein. Pourtant, Zapier permet justement d’automatiser ce qui est perçu comme “tâche pénible” dans la gestion conforme des vidéos :

  • Centraliser les consentements et demandes
    Lien automatique entre un formulaire de demande RGPD (par exemple via Typeform ou un formulaire Google) et la base vidéo : lorsqu’une personne demande accès ou suppression, un Zap peut :

    • rechercher les enregistrements qui la concernent ;
    • assigner automatiquement la tâche au bon interlocuteur ;
    • enregistrer le traitement de la demande pour prouver la conformité.
  • Tracer les consultations sensibles
    En connectant les logs de visionnage (via un outil interne ou une base de données) à un tableur ou un outil de suivi, un Zap peut journaliser qui a visionné quelle vidéo, quand et pour quelle raison.
  • Gérer les notifications aux personnes filmées
    Dans certains contextes (comme des dispositifs récurrents), une automatisation peut envoyer des informations standardisées (email, SMS) sur l’existence du dispositif, les droits des personnes, et un point de contact RGPD.

Plutôt que de chercher à “cacher” les automatisations d’exploitation des vidéos, l’enseignement à tirer de l’affaire Anthony Zappier est de les rendre plus transparentes, plus traçables et plus facilement auditables.

Intégrer Zapier dans une architecture globale pensée pour la vidéo

Zapier n’est ni une solution de stockage vidéo, ni une solution de sécurité en soi. C’est un orchestrateur. Pour que son utilisation autour des body cams reste maîtrisée, il doit s’inscrire dans une architecture globale :

  • un outil de capture et d’upload conforme (appareil, dock, application mobile) ;
  • un stockage primaire sécurisé (cloud souverain, solution spécialisée, chiffrage fort) ;
  • des outils d’analyse ou de transcription choisis pour leur respect des cadres légaux ;
  • des environnements de partage et de consultation segmentés (formation, juridique, support client) ;
  • une politique documentaire claire sur les durées, accès, droits et obligations.

C’est dans ce contexte que des scénarios Zapier bien conçus vont permettre :

  • de réduire les manipulations manuelles sources d’erreurs et de fuites ;
  • d’aligner les équipes sur des procédures communes ;
  • d’accélérer la circulation de l’information là où elle est légitime ;
  • d’apporter des preuves faciles à retracer en cas de contrôle ou de litige.

Pour aller plus loin sur la mise en place de ces workflows dans votre propre contexte business et marketing, vous pouvez consulter notre analyse approfondie de Zapier appliquée à ces usages, qui détaille d’autres scénarios et bonnes pratiques pour automatiser sans perdre le contrôle.

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