Automatiser ses tâches marketing et business est devenu un levier indispensable de croissance. Si Zapier est l’un des pionniers de l’automatisation no-code, de plus en plus d’équipes complètent aujourd’hui leur stack avec Make (anciennement Integromat), souvent appelé make com, pour gérer des workflows plus visuels et complexes. Pour tirer pleinement parti de Make, quelques bonnes pratiques s’imposent afin d’éviter les scénarios bancals, les erreurs silencieuses et les coûts qui explosent.
Voici des conseils pratiques, orientés business et marketing, pour exploiter make com de manière efficace, stable et rentable, en particulier si vous l’utilisez en complément de Zapier.
Structurer ses scénarios make com comme de vrais processus métier
Partir du besoin business, pas de l’outil
L’erreur la plus fréquente est de commencer directement dans l’interface de make com sans avoir clarifié le flux métier. Avant de créer le moindre scénario, il est essentiel de répondre à quelques questions de base :
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Quel est l’objectif précis du workflow ? (ex. : qualifier des leads, synchroniser les factures, relancer les paniers abandonnés…)
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Quels sont les déclencheurs du processus ? (nouveau lead dans le CRM, formulaire soumis, paiement validé…)
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Quelles données doivent circuler entre quelles applications ?
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Quels sont les cas d’exception (doublons, données incomplètes, erreurs d’API) et que doit-il se passer dans ces cas ?
Un bon réflexe consiste à dessiner le workflow sur un tableau blanc ou un outil de mindmapping avant de le traduire en modules Make. Cette approche est particulièrement utile si vous utilisez déjà Zapier : vous pouvez ainsi décider quelle partie sera gérée par Zapier (tâches simples, événements critiques) et laquelle sera déléguée à Make (traitements lourds ou très conditionnels).
Nommer clairement scénarios, modules et variables
Make permet de créer des scénarios très visuels… qui deviennent vite illisibles si tout s’appelle « Scenario 1 », « Module 3 » ou « Variable 5 ». Pour garder la maîtrise, adoptez une convention de nommage stricte :
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Scénarios : inclure le service, le but et éventuellement le déclencheur.
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Modules : indiquer l’action et l’outil ciblé.
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Variables : préciser le type et le contexte d’utilisation (par exemple, lead_email_crm plutôt que email).
Exemples concrets :
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Scénario : « CRM – Nouveaux leads – Enrichissement + Slack »
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Module : « HubSpot – Créer/Mettre à jour contact »
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Variable : « lead_source_campaign_utm »
Cette rigueur devient clé dès que plusieurs personnes interviennent sur le même compte ou que vous dupliquez des scénarios Make pour créer des variantes par pays, par ligne de produits, etc.
Segmenter plutôt que créer un “monstre” unique
Make permet de créer de longs scénarios avec de multiples routes (branches) et conditions. C’est puissant, mais très dangereux pour la maintenance. Pour rester agile, il est souvent préférable de découper un grand workflow en plusieurs scénarios plus simples, reliés par des webhooks ou des événements intermédiaires :
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Un premier scénario se charge de la réception et de la validation des données.
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Un second gère la logique métier principale (qualification, scoring, enrichissement…).
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Un troisième s’occupe des notifications internes ou externes (Slack, email, SMS, etc.).
Cette granularité permet de réutiliser certains scénarios dans d’autres contextes (par exemple, réutiliser le même bloc « notifications » pour plusieurs types d’événements) et de limiter l’impact en cas d’erreur sur un maillon spécifique.
Optimiser l’utilisation de Make pour le marketing et le growth
Automatiser la génération et la qualification de leads
En marketing, Make est particulièrement performant pour orchestrer des flux de lead generation multi-sources. Quelques cas d’usage très concrets :
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Centraliser des leads multi-formulaires : regrouper dans un seul scénario les leads en provenance de Typeform, Webflow, WordPress, LinkedIn Forms, etc., puis les envoyer vers votre CRM (HubSpot, Pipedrive, Salesforce…).
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Enrichir automatiquement les contacts : à la création d’un nouveau lead, Make appelle une API d’enrichissement (Clearbit, Dropcontact…) pour récupérer le poste, la taille de l’entreprise ou le secteur d’activité, et mettre à jour la fiche dans le CRM.
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Routage des leads : en fonction de la taille de compte, du pays ou de la source, le lead est assigné à un commercial spécifique ou basculé dans une séquence email adaptée.
Pour ce type de scénarios, la gestion des cas d’exception est essentielle : adresses invalides, entreprise non trouvée, doublons CRM… Il est pertinent d’ajouter une route spécifique « Anomalies » qui consigne ces cas dans un Google Sheet ou un outil de support pour traitement manuel.
Synchroniser vos outils marketing sans créer de doublons
Les marketeurs utilisent souvent Zapier pour des intégrations rapides (ex. : un nouveau contact dans un formulaire → ajout dans une liste Mailchimp). Make, lui, peut venir en renfort pour des synchronisations plus avancées entre plusieurs outils marketing :
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Synchronisation bidirectionnelle entre CRM et outil d’emailing, avec gestion de champs personnalisés.
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Mise à jour automatique des segments d’audience publicitaire (Facebook Ads, Google Ads, LinkedIn Ads) à partir des données CRM.
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Alignement de plusieurs bases de données (ex. : un outil d’événementiel, un outil de support client, un outil NPS) sur un identifiant client unique.
Pour éviter les boucles infinies (un outil met à jour l’autre, qui renvoie ensuite une mise à jour en retour), il est fondamental de définir :
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Une source de vérité par champ (par exemple, la préférence d’opt-in vient du formulaire, tandis que le statut de client vient du CRM).
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Des conditions de mise à jour claires (ne mettre à jour le CRM que si la date de modification côté marketing est plus récente, etc.).
Automatiser le contenut marketing et les tâches récurrentes
Make est aussi utile pour automatiser votre production et diffusion de contenu, notamment lorsqu’il est combiné à des outils de rédaction, de planification ou d’analytics :
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Génération automatique de briefs de contenu à partir de mots-clés saisis dans un Google Sheet, puis envoi à un rédacteur ou à un outil IA.
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Publication multi-plateformes : un nouvel article publié sur votre CMS déclenche la création de posts sur LinkedIn, X (Twitter) ou Facebook, avec suivi dans un tableau Airtable.
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Automatisation des reportings SEO ou acquisition : Make agrège chaque semaine les statistiques de Google Analytics, Search Console et des plateformes publicitaires, puis envoie un rapport par email ou Slack.
Comparer ce type d’automatisations entre Zapier et Make peut être très utile. Zapier est souvent plus simple pour les workflows « lineaires » (un déclencheur → quelques actions), alors que Make se distingue pour les scénarios complexes et multi-branches. Pour aller plus loin, vous pouvez consulter notre dossier complet dédié à make com et à ses différences avec Zapier afin de choisir la bonne plateforme pour chaque automatisation.
Assurer la fiabilité technique et la robustesse des scénarios make com
Maîtriser les exécutions et les quotas
Comme Zapier, Make facture généralement à l’exécution ou au nombre d’opérations. Un scénario mal conçu peut générer un volume d’actions bien plus élevé que prévu. Pour garder le contrôle :
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Utilisez des filtres en entrée pour ne traiter qu’un sous-ensemble d’événements vraiment utiles (par exemple, ne traiter que les leads dont l’email est professionnel).
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Ajoutez des limitations de fréquence (throttling) pour éviter les rafales d’exécutions, notamment lors d’imports massifs ou de migrations de données.
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Surveillez régulièrement les rapports d’utilisation de Make pour identifier les scénarios les plus coûteux et les optimiser.
Une bonne pratique consiste à dupliquer un scénario critique en version « bac à sable » (sandbox) pour tester des modifications avec un échantillon réduit de données avant de les déployer en production.
Utiliser les filtres et les routes de façon stratégique
Les routes (branches) et filtres de Make sont au cœur de la logique conditionnelle. Plutôt que d’empiler des conditions complexes dans un seul filtre, il est souvent plus lisible de :
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Créer plusieurs routes claires par cas métier (ex. : « Lead Enterprise », « Lead SMB », « Lead Freelance »).
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Isoler les tests critiques en amont (ex. : vérifier l’email, vérifier la présence du numéro de téléphone) pour éviter que des données invalides se propagent dans tout le scénario.
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Ajouter une route de « sortie de secours » pour les cas inattendus, qui logue les données dans un outil simple (Google Sheet, Notion) pour diagnostic ultérieur.
Cela permet non seulement de débugger plus rapidement, mais aussi de faire évoluer vos automatisations marketing au fil du temps sans tout casser.
Gérer les erreurs et les timeouts intelligemment
Les intégrations API peuvent échouer pour de multiples raisons (rate limit, indisponibilité temporaire, champs obligatoires manquants…). Plutôt que de laisser Make échouer en silence ou se répéter indéfiniment :
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Activez des notifications d’erreur ciblées (par email ou Slack) pour les scénarios critiques, avec un message suffisamment détaillé (nom du scénario, étape concernée, payload…).
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Utilisez les options de retry (réessais) de manière raisonnable : un ou deux réessais espacés peuvent suffire pour des pannes temporaires.
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Centralisez les erreurs graves dans un tableau dédié (Airtable, Google Sheets) qui servira de backlog pour vos équipes ops ou marketing.
Sur des processus de facturation, d’inscription payante ou de mise à jour de données clients, prévoyez toujours un mécanisme pour repasser manuellement sur les enregistrements en échec, afin d’éviter les pertes de revenus ou les litiges clients.
Organiser la collaboration entre marketing, ops et technique autour de Make
Définir des rôles et responsabilités clairs
Dans beaucoup d’organisations, Make est à cheval entre plusieurs équipes : marketing, growth, opérations, parfois même IT. Sans gouvernance claire, les scénarios se chevauchent, se contredisent ou s’écrasent mutuellement. Pour éviter cela :
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Attribuez un propriétaire à chaque scénario ou groupe de scénarios (par exemple, « scénarios CRM » sous la responsabilité de l’équipe ops).
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Mettez en place un processus de demande de nouvelles automatisations, avec un mini cahier des charges (objectifs, outils concernés, données manipulées).
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Validez en amont l’impact potentiel sur les systèmes existants (Zapier, CRM, outil de facturation, etc.).
Cette gouvernance est encore plus importante si vous utilisez à la fois Zapier et Make : vous pouvez, par exemple, décider que Zapier gère tous les flux “externes” (API tierces, leads entrants) tandis que Make orchestre les traitements internes complexes.
Documenter les scénarios et les bonnes pratiques
Un scénario non documenté est un scénario fragile. En cas de départ d’un collaborateur ou de reprise d’un compte par un prestataire, la perte de temps peut être considérable. Une documentation minimale devrait inclure :
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Le but du scénario et les KPI associés (ex. : réduction du temps de traitement, taux de conversion, diminution des erreurs manuelles).
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Les applications connectées et les principaux champs de données manipulés.
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Un schéma simple du flux, avec les principales routes et conditions.
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Les points de vigilance (ratelimits, coûts, dépendance à une API tierce, etc.).
Vous pouvez stocker cette documentation dans Notion, Confluence, Google Docs ou tout autre outil déjà utilisé par vos équipes. L’important est qu’elle soit accessible, à jour et reliée clairement aux scénarios Make (via des liens ou une nomenclature partagée).
Mettre en place un cycle de vie pour les automatisations
Les besoins marketing évoluent rapidement : nouvelles offres, nouveaux canaux, changements d’outils… Les scénarios Make qui fonctionnaient parfaitement il y a un an peuvent aujourd’hui être obsolètes, voire nuisibles. Il est donc utile de définir un cycle de vie pour chaque automatisation :
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Phase de test : déclenchement sur un échantillon limité, logging détaillé, monitoring rapproché.
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Phase active : scénario pleinement utilisé, surveillé via des KPI métier (ex. : temps gagné, taux d’erreur, volume traité).
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Phase de révision : tous les 3 à 6 mois, audit des scénarios pour vérifier qu’ils sont toujours pertinents, optimisés et conformes aux nouveaux processus.
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Phase d’archivage : désactivation des scénarios obsolètes, avec export ou sauvegarde de la configuration pour référence future.
Ce cycle permet d’éviter l’« accumulation de scripts fantômes » qui consomment des ressources, créent des effets de bord et compliquent la maintenance globale de votre stack d’automatisation.
Exploiter au mieux les complémentarités entre Zapier et make com
Choisir le bon outil pour le bon type d’automatisation
Si votre site et vos équipes sont déjà familiers avec Zapier, vous vous demandez peut-être dans quels cas privilégier Make. Une approche pragmatique consiste à répartir les rôles ainsi :
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Zapier pour :
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Les automatisations simples et linéaires (trigger → 1 à 3 actions).
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Les intégrations natives très populaires (Gmail, Slack, Google Sheets, calendriers…).
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Les workflows critiques qui nécessitent stabilité et simplicité, sans logique conditionnelle complexe.
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Make pour :
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Les scénarios multi-branches avec de nombreuses conditions.
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Les traitements de données avancés (boucles, agrégations, parsing, etc.).
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Les orchestrations impliquant plusieurs API et volumes importants.
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Cette répartition vous permet d’exploiter le meilleur des deux mondes, tout en contrôlant vos coûts et votre complexité technique.
Créer des ponts propres entre vos scénarios Zapier et Make
Plutôt que de tout migrer de Zapier vers Make ou inversement, il est souvent plus efficace d’organiser des « ponts » propres entre les deux plateformes :
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Zapier gère la capture d’un événement externe (nouvelle vente, formulaire, intégration native) et envoie les données vers un webhook Make.
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Make traite les données de manière avancée (enrichissement, scoring, règles métier complexes), puis renvoie le résultat vers Zapier si nécessaire.
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Zapier finalise l’envoi vers des outils pour lesquels il dispose d’intégrations plus stables ou plus simples.
Dans ce modèle, Make devient un moteur de logique avancée au cœur de votre architecture d’automatisation, tandis que Zapier joue le rôle de hub d’intégration rapide avec l’écosystème SaaS.
Standardiser vos données pour éviter le chaos
Le véritable défi, quand on multiplie les outils d’automatisation, n’est pas technique, mais data. Pour éviter que vos scénarios Zapier et Make produisent des incohérences, définissez des standards :
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Une nomenclature commune pour les champs (par exemple, lead_status, lifecycle_stage, mrr), quels que soient les outils.
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Des règles claires de normalisation (format des numéros de téléphone, des pays, des devises, etc.).
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Un mapping partagé entre équipes pour savoir où se trouve la source de vérité de chaque information.
Make est particulièrement adapté pour jouer le rôle de « nettoyeur » ou « normaliseur » de données avant de les envoyer dans le CRM ou l’outil de facturation. Là encore, articulez vos scénarios autour des processus métier, et non de l’outil lui-même.
