Automatiser avec Zapier ne commence pas par la configuration d’un Zap, mais par une étape souvent négligée : cartographier vos routines. Sans vision claire de vos processus, vous risquez d’automatiser des tâches inutiles, mal conçues, voire de créer plus de désordre que de productivité. La bonne méthode, c’est d’abord de comprendre, puis de simplifier, et seulement ensuite d’automatiser.
Pourquoi cartographier vos routines avant d’automatiser
Cartographier vos routines consiste à représenter visuellement ou textuellement la façon dont une tâche se déroule, étape par étape. Cette étape est stratégique pour trois raisons majeures :
- Identifier les vraies priorités : toutes les tâches ne méritent pas d’être automatisées. Certaines sont trop rares, d’autres trop complexes.
- Repérer les goulots d’étranglement : vous voyez où vous perdez le plus de temps (copier-coller, recherches manuelles, saisies répétitives, validations inutiles, etc.).
- Éviter d’automatiser le chaos : automatiser un mauvais process, c’est juste exécuter plus vite un système déjà défaillant. La cartographie sert à le nettoyer d’abord.
Dans le contexte de Zapier, la cartographie vous permet aussi de :
- Déterminer clairement les triggers (déclencheurs) pertinents.
- Choisir les actions adéquates dans vos apps (CRM, emails, tableurs, outils de gestion de projet…).
- Décider où placer des filtres, conditions et chemins pour ne pas sur-automatiser.
La méthode pas à pas ci-dessous vous accompagne pour transformer vos routines quotidiennes en un schéma clair, prêt à être traduit en Zaps.
Étape 1 : Faire l’inventaire de vos routines réelles, pas théoriques
La première erreur fréquente est de décrire comment vos processus devraient fonctionner, au lieu de documenter ce que vous faites en réalité. Pour automatiser efficacement, il faut partir du réel.
1.1. Lister toutes vos tâches répétitives
Prenez une journée ou une semaine type et notez :
- Ce que vous faites plusieurs fois par jour (répondre à des leads, déplacer des cartes dans un outil de gestion de projet, créer des factures, etc.).
- Ce que vous faites plusieurs fois par semaine (envoyer des reportings, exporter des données, préparer des publications…).
- Ce que vous faites plusieurs fois par mois (relances, bilans, clôture de campagnes, etc.).
Pour chaque tâche, précisez :
- Où elle commence (un email reçu, un formulaire rempli, un message Slack, une nouvelle commande…).
- Où elle se termine (CRM mis à jour, document créé, facture envoyée, statut modifié…).
- Combien de temps elle vous prend en moyenne.
- Sa fréquence (par jour / semaine / mois).
Un simple tableau dans un Google Sheets ou un Notion suffit. Cette étape vous donnera rapidement un premier aperçu des routines les plus consommatrices de temps.
1.2. Identifier les “micro-tâches” cachées dans vos routines
Beaucoup de temps est perdu non pas sur les grandes tâches, mais sur les micro-actions associées :
- Enregistrer une pièce jointe et la renommer.
- Copier un email et le coller dans le CRM.
- Ajouter un tag “À relancer” dans votre outil marketing.
- Mettre à jour un champ “Statut” dans un tableau.
Lorsque vous listez une routine, décomposez-la déjà mentalement en micro-tâches. Ce sont souvent elles les meilleures candidates pour une automatisation avec Zapier.
1.3. Prioriser selon l’impact, pas seulement le temps
On pense souvent que l’automatisation doit viser uniquement ce qui prend le plus de temps. C’est partiellement vrai, mais vous devez aussi considérer :
- Le risque d’erreur humaine (saisie de données, oublis de suivi, erreurs de destinataire…).
- L’impact business (temps de réponse à un lead, réactivité au support client, mise à jour du pipeline de ventes…).
- Le stress généré (tâches répétitives et urgentes qui vous coupent dans votre travail profond).
Attribuez un score simple à chaque routine : Temps (1–5), Impact (1–5), Risque (1–5). La somme vous donnera vos premières priorités d’automatisation.
Étape 2 : Cartographier une routine, pas à pas, comme un flux
Une fois vos routines prioritaires identifiées, vous allez les cartographier comme si vous prépariez un plan de route pour Zapier. L’objectif : obtenir un schéma suffisamment précis pour être transformé en Zap sans improvisation.
2.1. Définir le point d’entrée : le déclencheur
Chaque routine commence par un événement bien précis. C’est votre futur déclencheur :
- “Quand un nouveau formulaire est soumis via Typeform…”
- “Quand un email arrive avec l’objet ‘Nouvelle commande’…”
- “Quand une nouvelle ligne est ajoutée dans Google Sheets…”
- “Quand une nouvelle carte est créée dans Trello…”
Notez clairement ce déclencheur et, si possible, les conditions qui l’accompagnent (par exemple : seulement si l’email contient tel mot-clé, si la commande dépasse tel montant, etc.).
2.2. Lister chaque étape dans l’ordre exact
Décrivez votre routine comme si vous deviez la déléguer à quelqu’un qui n’a jamais vu votre travail :
- “Ouvrir l’email de notification.”
- “Copier le prénom, le nom, l’email et la société.”
- “Créer un contact dans le CRM.”
- “Ajouter le tag ‘Lead – Formulaire site’.”
- “Créer une tâche de suivi dans l’outil de gestion de projet.”
- “Envoyer un email de confirmation personnalisé au prospect.”
Chaque étape deviendra potentiellement :
- Une action Zapier (créer, mettre à jour, envoyer, ajouter, etc.).
- Un filtre (continuer seulement si une condition est remplie).
- Un chemin (brancher différents scénarios selon un critère).
2.3. Identifier les points de décision
Une bonne carte de routine ne se contente pas d’aligner des étapes linéaires. Elle inclut les décisions que vous prenez en cours de route :
- “S’il s’agit d’un client existant, mettre à jour sa fiche ; sinon, créer un nouveau contact.”
- “Si le budget est supérieur à X €, alerter le commercial senior ; sinon, le commercial junior.”
- “Si la demande contient le mot ‘urgent’, attribuer une priorité haute.”
Ce sont ces points de décision qui deviendront des conditions logiques dans vos Zaps : filtres, règles IF/ELSE, chemins conditionnels. Prenez le temps de les écrire explicitement.
2.4. Visualiser la routine (même grossièrement)
Vous n’avez pas besoin d’un outil sophistiqué : un simple schéma sur papier, un tableau blanc ou un outil visuel comme Miro, Whimsical ou même un dessin dans Google Docs suffit.
L’objectif est de voir :
- Les entrées (d’où viennent les données).
- Les sorties (où elles arrivent, dans quelles apps).
- Les transformations (formatage, classification, ajout de tags, etc.).
Une fois que vous visualisez l’ensemble, vous commencez déjà à repérer les étapes répétitives ou purement mécaniques qui peuvent être confiées à Zapier.
Étape 3 : Décider quoi automatiser, quoi garder manuel
Automatiser ne veut pas dire tout automatiser. La vraie compétence consiste à choisir intelligemment ce qui doit rester humain, et ce qui peut être intégralement pris en charge par Zapier.
3.1. Repérer les actions “si A alors B”
Zapier excelle sur les actions où la logique est claire et répétitive :
- “Quand un prospect remplit le formulaire, alors créer un contact dans le CRM.”
- “Quand une facture est payée, alors mettre à jour le statut dans le tableur.”
- “Quand un ticket est clos, alors envoyer une enquête de satisfaction.”
Dans votre carte de routine, surlignez toutes les actions qui peuvent se résumer à “si X se produit, alors faire Y automatiquement”. Ce sont vos premières cibles d’automatisation.
3.2. Identifier ce qui nécessite un jugement humain
Certaines étapes reposent sur votre intuition, votre expérience, ou une analyse complexe :
- Qualifier un lead “chaud” ou “froid” en lisant entre les lignes.
- Rédiger une réponse personnalisée à un client délicat.
- Prioriser des demandes en fonction d’éléments contextuels multiples.
Ces parties-là ne sont pas de bons candidats à une automatisation complète. En revanche, vous pouvez souvent automatiser l’avant (collecte d’informations, enrichissement de données) et l’après (mise à jour des statuts, organisation des tâches, suivi).
3.3. Utiliser la règle 80/20 de l’automatisation
Demandez-vous pour chaque routine :
- “Quelles 20 % d’actions répétitives produisent 80 % de la charge de travail ou des erreurs ?”
Souvent, automatiser seulement quelques micro-étapes clés suffit à transformer votre ressenti :
- Suppression des copier-coller entre emails et CRM.
- Création automatique des tâches et rappels.
- Synchronisation des contacts entre outils.
- Classement automatique des demandes entrantes.
Vous n’avez pas besoin d’un flux parfait à 100 % pour gagner en efficacité. Un petit nombre de Zaps bien choisis peut déjà libérer plusieurs heures par semaine.
3.4. S’appuyer sur des exemples et bonnes pratiques
Si vous débutez, il est utile de partir de cas d’usage éprouvés : intégration CRM, automation marketing, suivi de leads, automatisation de la prospection, centralisation des demandes clients, etc. Pour approfondir ces scénarios concrets et trouver des idées pour votre propre cartographie, vous pouvez vous inspirer de notre dossier complet pour mieux automatiser vos tâches avec Zapier, qui détaille différentes manières de connecter vos outils business et marketing.
Étape 4 : Transformer la carte de routine en Zap opérationnel
Une fois la routine bien cartographiée et les parties à automatiser identifiées, vous pouvez enfin passer dans Zapier. L’avantage : vous savez exactement ce que vous faites et pourquoi.
4.1. Traduire votre déclencheur en trigger Zapier
Reprenez le point d’entrée défini à l’étape 2.1 et cherchez l’app correspondante dans Zapier :
- Typeform, Google Forms, Gravity Forms pour les formulaires.
- Gmail, Outlook pour les emails.
- Shopify, WooCommerce pour les commandes.
- Slack, Teams pour les messages.
Choisissez l’événement qui correspond le mieux à votre routine (nouvelle entrée, nouveau message, nouvelle commande, etc.) puis configurez les filtres de base (par dossier, par libellé, par formulaire, etc.).
4.2. Créer une action par étape automatisable
Reprenez votre liste d’étapes et, pour chaque action automatisable, ajoutez un bloc dans votre Zap :
- Créer ou mettre à jour un contact dans le CRM.
- Ajouter une ligne dans Google Sheets.
- Créer une tâche dans Asana, ClickUp, Trello, Notion…
- Envoyer un email ou un message Slack.
Utilisez les champs dynamiques (prénom, email, société, montant, etc.) pour personnaliser chaque action en fonction des données d’entrée. Plus votre cartographie initiale sera précise, plus cette étape sera simple.
4.3. Intégrer les points de décision avec filtres et chemins
Chaque “si… alors…” que vous avez noté dans votre carte devient une règle dans Zapier :
- Filtres : laissez passer uniquement les données qui répondent à un critère (montant supérieur à X, pays spécifique, présence d’un mot-clé…).
- Paths (chemins) : créez des branches différentes selon des conditions (type de demande, segment client, source du lead…).
Cela vous permet, par exemple, d’envoyer les leads premium à une équipe spécifique, les demandes urgentes dans un canal Slack dédié, et les requêtes standards dans votre flux habituel.
4.4. Tester avec des cas réels (pas seulement des données de test)
Zapier propose des tests, mais ils restent souvent basés sur un échantillon de données. Appuyez-vous également sur :
- Des cas réels récents : rejouez une vraie demande client ou une vraie commande.
- Des scénarios extrêmes : gros montant, cas incomplet, client existant, nouveau client, etc.
Validez que :
- Les données arrivent bien dans chaque outil.
- Les décisions conditionnelles suivent le bon chemin.
- Aucune étape importante n’est oubliée (confirmation, notification, mise à jour de statut…).
Retournez à votre carte si quelque chose manque : souvent, cette phase révèle des sous-étapes que vous faites de manière implicite sans les avoir documentées.
Étape 5 : Affiner et itérer sur votre cartographie
Automatiser avec Zapier n’est pas un projet “one shot”, c’est un processus continu. Votre carte de routines doit évoluer avec votre business, vos outils et vos priorités.
5.1. Mesurer les gains réels de chaque automatisation
Après quelques semaines, évaluez pour chaque routine automatisée :
- Le temps économisé approximatif (par occurrence et par mois).
- La baisse d’erreurs (moins d’oubli, meilleure qualité de données, moins de réponses tardives…).
- L’impact sur votre organisation (meilleure répartition des tâches, moins d’interruptions, plus de temps pour le stratégique).
Cette mesure vous permet d’ajuster vos priorités et d’identifier les prochaines routines à cartographier.
5.2. Réduire encore la friction dans les routines semi-manuelles
Certaines routines restent partiellement manuelles parce qu’elles exigent un jugement humain. Pour celles-ci, demandez-vous :
- “Puis-je préparer automatiquement les informations dont j’ai besoin pour décider plus vite ?”
- “Puis-je pré-remplir des champs, générer des brouillons d’emails, centraliser les données dans une seule vue ?”
Vous pouvez par exemple :
- Collecter et enrichir les données d’un lead dans un seul enregistrement.
- Générer des résumés ou regroupements d’informations dans un document unique.
- Créer des notifications ciblées avec les informations clés mises en avant.
Votre carte de routine évolue alors vers une répartition plus claire : Zapier gère le flux de données, vous gérez les décisions à forte valeur ajoutée.
5.3. Harmoniser vos routines entre les membres de l’équipe
Dans une équipe, chacun a sa manière de faire. La cartographie de vos routines devient un outil puissant pour :
- Aligner tout le monde sur la même façon de traiter les leads, les demandes clients, les commandes ou les incidents.
- Standardiser les étapes critiques (qualification, suivi, relances, reporting).
- Former plus facilement les nouveaux arrivants, en leur montrant à la fois le process et les automatisations en place.
Vos Zaps deviennent alors l’implémentation technique d’un process partagé et documenté, plutôt qu’un patchwork d’automatisations individuelles.
5.4. Mettre à jour régulièrement vos cartes de routines
Chaque fois que :
- Vous ajoutez un nouvel outil (nouveau CRM, nouvel outil marketing, nouveau logiciel de facturation).
- Vous changez de stratégie (nouveau tunnel de vente, nouvelle offre, nouveau modèle de suivi client).
- Vous observez un nouveau goulot d’étranglement.
Revenez à votre cartographie :
- Ajoutez les nouvelles étapes.
- Supprimez les tâches devenues inutiles.
- Réorganisez les priorités d’automatisation.
Cette discipline garantit que vos automatisations Zapier restent au service de votre business, et ne deviennent pas un héritage rigide qui freine votre évolution.
Exemples de cartographie appliquée à des cas concrets Zapier
Pour illustrer la méthode, voici quelques exemples simplifiés de routines cartographiées puis automatisées.
Exemple 1 : Traitement des leads issus d’un formulaire marketing
- Déclencheur : un visiteur remplit un formulaire Typeform “Demande de démo”.
- Étapes actuelles :
- Recevoir l’email de notification Typeform.
- Copier les informations dans le CRM.
- Attribuer le lead à un commercial en fonction de la taille d’entreprise.
- Envoyer un email de confirmation au prospect.
- Créer une tâche de suivi à J+1.
- Points de décision :
- Si “Taille de l’entreprise > 50 employés” ⇒ assigner à Commercial Senior.
- Sinon ⇒ assigner à Commercial Junior.
- Automatisation possible avec Zapier :
- Trigger : nouvelle réponse Typeform.
- Action 1 : créer / mettre à jour le contact dans le CRM.
- Action 2 : chemin conditionnel selon la taille de l’entreprise pour l’assignation.
- Action 3 : envoyer un email de confirmation personnalisé.
- Action 4 : créer une tâche de suivi J+1 dans l’outil de gestion de projet.
Exemple 2 : Suivi des commandes e-commerce dans un tableau de bord
- Déclencheur : une nouvelle commande est passée sur Shopify.
- Étapes actuelles :
- Vérifier le pays et le montant de la commande.
- Ajouter une ligne dans un Google Sheets de suivi.
- Notifier le service logistique pour les grosses commandes.
- Taguer le client dans l’outil email marketing selon le produit acheté.
- Points de décision :
- Si montant > X € ⇒ alerter logistique.
- Si pays = “France” ⇒ appliquer flux A ; sinon ⇒ flux B.
- Automatisation possible :
- Trigger : nouvelle commande Shopify.
- Action 1 : ajouter ou mettre à jour la ligne dans Google Sheets.
- Action 2 : chemins conditionnels (logistique, géographie…).
- Action 3 : mise à jour du tag client dans l’outil email marketing.
Exemple 3 : Centralisation des demandes de support
- Déclencheur : réception d’un email sur l’adresse support@ ou création d’un ticket dans un outil dédié.
- Étapes actuelles :
- Lire la demande et identifier sa catégorie (bug, facturation, fonctionnalité…).
- Créer une carte dans Trello ou une tâche dans l’outil de support.
- Assigner à la bonne personne (tech, finance, produit…).
- Mettre à jour le statut manuellement au fil de l’avancement.
- Automatisation possible :
- Trigger : nouveau ticket ou nouvel email support.
- Action 1 : créer une tâche / carte avec les infos essentielles.
- Action 2 : pré-classer la demande selon l’objet ou les tags.
- Action 3 : assigner automatiquement à une équipe selon la catégorie.
- Action 4 : notifier le bon canal Slack à chaque changement de statut.
Dans chacun de ces cas, la cartographie en amont a permis de :
- Clarifier le flux réel de travail.
- Découper les étapes manuelles et automatisables.
- Définir des règles explicites pour les décisions conditionnelles.
Une fois cette base posée, la traduction dans Zapier devient plus fluide, et vos automatisations restent alignées sur vos objectifs business et marketing.
