Avant de brancher des dizaines de Zaps et de connecter toutes vos applications, il existe une étape souvent négligée et pourtant décisive : cartographier vos process. Sans cette étape visuelle, Zapier devient vite un labyrinthe d’automatisations difficiles à maintenir, à faire évoluer… et à expliquer à votre équipe.
Cartographier ses process avant Zapier, c’est comme dessiner le plan d’une maison avant de commencer les travaux. Vous gagnez en clarté, en performance et en sérénité. Cet article vous propose une méthode visuelle, simple et actionnable, pour modéliser vos workflows business et marketing en français, puis les transformer en automatisations solides.
Pourquoi cartographier ses process avant d’automatiser avec Zapier
Éviter le “Zap spaghetti” qui casse tout
Beaucoup d’entreprises commencent par créer un premier Zap, puis un deuxième, puis un troisième… sans vision d’ensemble. Résultat :
- des automatisations qui se chevauchent et déclenchent plusieurs fois la même action ;
- des données dupliquées dans le CRM ou l’outil emailing ;
- des notifications Slack ou email qui se multiplient sans logique ;
- des erreurs difficiles à diagnostiquer, car on ne sait plus quel Zap fait quoi.
On appelle ça l’effet “spaghetti” : les flux de données s’entrecroisent et personne ne comprend l’architecture globale. Une simple cartographie visuelle des process permet de rendre chaque Zap lisible, légitime et justifié.
Clarifier vos objectifs business avant les outils
Un process ne devrait jamais commencer par “Créer un Zap”. Il devrait commencer par une intention métier claire :
- “Réduire le temps de traitement de chaque lead de 30 %” ;
- “Ne plus rien laisser passer dans la relance des devis” ;
- “Qualifier automatiquement les leads marketing pour le sales” ;
- “Segmenter les utilisateurs selon leurs actions clés dans le produit”.
La cartographie vous oblige à reformuler vos besoins en termes de processus, pas de fonctionnalités Zapier. Vous partez du résultat attendu, puis vous déroulez les étapes nécessaires, avant seulement de vous demander : “Qu’est-ce que Zapier peut automatiser ici ?”.
Impliquer votre équipe et documenter vos automatisations
Zapier est souvent géré par une seule personne, qui finit par devenir “la” personne qui sait comment tout fonctionne. Le jour où elle part, ou simplement tombe malade, l’entreprise se retrouve démunie.
La modélisation visuelle des process permet :
- d’aligner marketing, sales, support, produit et direction autour des mêmes flux ;
- de documenter les automatisations de façon simple, compréhensible par des non-techniciens ;
- de faciliter la passation à un nouveau collaborateur ou à une agence.
Une bonne carte de process, c’est la documentation vivante de votre système d’automatisation.
Les bases de la cartographie de process adaptée à Zapier
Identifier clairement les déclencheurs, actions et décisions
Pour être immédiatement exploitable dans Zapier, votre carte de process doit distinguer trois types de blocs :
- (1) Déclencheurs : ce qui lance le process.
- Un formulaire rempli (Typeform, Gravity Forms, HubSpot, etc.).
- Une nouvelle commande (Stripe, Shopify…).
- Une inscription à une newsletter.
- Un changement de statut dans votre CRM (opportunité passée en “Gagnée”).
- (2) Actions : ce que le système doit faire automatiquement.
- Créer ou mettre à jour un contact dans le CRM.
- Envoyer un email de bienvenue personnalisé.
- Ajouter une tâche dans l’outil de gestion de projet.
- Poster un message dans un canal Slack spécifique.
- (3) Décisions / conditions : les “si / alors”.
- Si le budget estimé > 5 000 €, alors assigner au commercial senior.
- Si le champ “source” = “webinaire”, alors taguer le contact en “webinar-lead”.
- Si le client n’a pas cliqué sur l’email sous 7 jours, relancer ou changer de séquence.
Sur votre schéma, chaque déclencheur correspondra à un “Trigger” Zapier, chaque action à un “Action step” et chaque décision à un “Filter” ou “Path” Zapier.
Choisir un langage visuel simple
Pas besoin de BPMN compliqué pour cartographier efficacement. Optez pour un langage visuel minimaliste, que toute l’équipe peut comprendre :
- Ronds ou ellipses : événements déclencheurs (ex. “Nouveau lead sur le site”).
- Rectangles : actions automatiques (ex. “Créer contact dans HubSpot”).
- Losanges : décisions / conditions (ex. “Lead B2B ? Oui / Non”).
- Flèches : flux de données et séquence des étapes.
Le but n’est pas de faire un schéma “parfait”, mais un schéma lisible qui permet de traduire rapidement les blocs en Zap(s).
Définir le périmètre du process
Erreur fréquente : vouloir tout cartographier dans un seul mega-process qui devient illisible. Pour éviter ça, définissez clairement :
- Le point de départ du process (ex. “Lead remplit le formulaire de démo”).
- Le point de fin (ex. “Lead traité par un commercial, statut défini”).
- Les interfaces avec d’autres process (ex. “Passe dans le process de nurturing si refus”).
Un bon repère : un process = un objectif métier principal. Si votre schéma commence à servir plusieurs objectifs différents (acquisition, vente, relance, fidélisation…), segmentez-le en plusieurs workflows.
Méthode visuelle pas à pas pour cartographier vos process avant Zapier
Étape 1 : Lister vos process business et marketing existants
Commencez par inventer le moins possible. Votre entreprise a déjà des process, même s’ils ne sont pas formalisés. Identifiez en priorité :
- Les flux autour des leads : prise de contact, qualification, relance, signature.
- Les flux autour des clients : onboarding, support, upsell, rétention.
- Les flux marketing : inscription newsletter, téléchargement de ressource, participation webinaire, séquences d’emails.
Pour chaque process, répondez à ces questions :
- À partir de quel événement tout commence ?
- Quelles sont les étapes manuelles actuelles ?
- Où sont les pertes de temps ou les erreurs fréquentes ?
- Quelles actions reviennent encore et encore (copier-coller, notifications, mises à jour de fiches…) ?
Étape 2 : Choisir un outil visuel simple
Vous pouvez démarrer avec :
- Un simple tableau blanc physique ou des Post-it pour un atelier d’équipe.
- Un outil en ligne comme Miro, Whimsical, FigJam ou Lucidchart.
- Un Google Drawings ou un outil de diagrammes très basique.
L’important n’est pas l’outil, mais la capacité à :
- déplacer rapidement les blocs ;
- collaborer avec d’autres personnes ;
- garder une vue d’ensemble lisible.
Étape 3 : Représenter le process du point de vue de la donnée
Pour optimiser l’automatisation avec Zapier, ne pensez pas seulement en tâches, mais en flux de données :
- D’où vient la donnée ? (formulaire, outil de paiement, CRM, chat, support…)
- Comment est-elle transformée ? (enrichie, nettoyée, segmentée…)
- Où doit-elle arriver à la fin ? (CRM, base emailing, outil de support, data warehouse…)
Par exemple, pour un process d’acquisition de leads B2B :
- Le lead remplit un formulaire sur le site.
- Les données transitent par votre outil de formulaire (Typeform, Webflow, WordPress…).
- Zapier récupère ces données et :
- crée ou met à jour un contact dans le CRM ;
- enrichit la fiche avec des infos (domaine, taille de l’entreprise…) ;
- ajoute un tag marketing ;
- notifie le bon commercial selon la zone géographique ou le type de client.
Votre schéma doit rendre ces mouvements de données évidents, étape par étape.
Étape 4 : Isoler les points de décision pour vos Zaps
Chaque décision dans votre process est potentiellement un “Filter” ou un “Path” dans Zapier. Sur votre carte, identifiez clairement :
- Les décisions simples : “est-ce que tel champ est rempli ?”, “montant supérieur à X ?”.
- Les décisions de routage : “lead B2B vs B2C”, “France vs International”, “Nouveau client vs client existant”.
- Les décisions temporelles : “si aucune réponse sous 3 jours, alors relancer”.
Chaque losange (décision) sur votre schéma vous aidera à choisir :
- entre un seul Zap avec plusieurs branches (Paths) ;
- ou plusieurs Zaps distincts avec des déclencheurs ou filtres différents.
Étape 5 : Séparer les Zaps logiquement
Un piège courant consiste à tout faire tenir dans un seul Zap très long. Votre cartographie va justement vous permettre de découper intelligemment.
Quelques règles pratiques :
- 1 objectif métier principal = 1 Zap maître
- Exemple : “Traiter un nouveau lead de A à Z” peut être un Zap principal.
- Mais la “relance à J+3 si aucune réponse” peut être un Zap à part, déclenché par un événement spécifique.
- Découpez quand vous changez de service ou de canal
- La partie “qualification marketing” peut être un Zap.
- La partie “assignation commerciale et suivi pipeline” peut en être un autre.
- Découpez dès que la logique devient difficile à expliquer oralement
- Si vous n’arrivez pas à résumer le Zap en une phrase claire, c’est souvent qu’il faut le scinder.
Exemples concrets de cartographie pour le marketing et le business
Exemple 1 : Process de génération de leads via formulaire
Objectif : qu’aucun lead ne se perde, et que chaque contact soit correctement qualifié et routé vers la bonne équipe.
Sur votre schéma, vous pourriez avoir :
- Déclencheur : Formulaire “Demande de démo” rempli.
- Actions :
- Créer / mettre à jour le contact dans le CRM.
- Créer une opportunité ou un deal associé.
- Ajouter un tag “Source : Formulaire démo / Site”.
- Envoyer un email de confirmation au prospect.
- Décisions :
- Si “Taille de l’entreprise > 50 employés” alors assigner au commercial “Mid-Market”.
- Sinon assigner au commercial “SMB”.
- Si pays = “France” alors ajouter au segment emailing FR ; sinon segment EN.
- Actions complémentaires :
- Envoyer une notification Slack avec un résumé du lead.
- Ajouter une tâche pour appeler le prospect sous 24 heures.
Une fois ce process cartographié, traduire le schéma en Zap devient presque mécanique : chaque bloc devient un step, chaque losange un filtre ou un Path.
Exemple 2 : Onboarding client automatisé après paiement
Objectif : offrir une expérience client fluide, sans faire reposer la qualité de l’onboarding sur des actions manuelles répétitives.
Schéma type :
- Déclencheur : Nouveau paiement validé dans Stripe.
- Actions :
- Créer / mettre à jour le client dans l’outil de facturation ou le CRM.
- Créer un compte utilisateur dans l’outil SaaS (si applicable).
- Envoyer un email de bienvenue avec les accès.
- Créer une carte d’onboarding dans l’outil de gestion de projet (Trello, Asana…).
- Décisions :
- Si “Offre = Premium” alors :
- créer un canal privé Slack ou inviter dans un espace dédié ;
- assigner un Customer Success dédié.
- Si “Offre = Standard” alors :
- ajouter à une séquence emailing d’onboarding automatisée.
- Si “Offre = Premium” alors :
- Actions à J+X :
- Si le client n’a pas encore utilisé la fonctionnalité clé, envoyer un rappel.
- Programmer un email de demande d’avis après 14 jours d’utilisation.
Exemple 3 : Nurturing marketing multi-canal
Objectif : suivre le comportement des leads pour personnaliser le marketing sans tout gérer à la main.
Schéma possible :
- Déclencheurs :
- Lead télécharge un livre blanc.
- Lead s’inscrit à un webinaire.
- Lead clique sur un lien clé dans une campagne email.
- Actions :
- Taguer le contact selon le sujet d’intérêt.
- Ajouter à une séquence d’emails spécifique.
- Enregistrer l’activité dans le CRM.
- Décisions :
- Si le lead a réalisé 3 actions d’engagement (ouvertures, clics, participation), alors :
- augmenter son score de lead scoring ;
- notifier un commercial pour prise de contact.
- Si aucune action pendant 30 jours, alors :
- envoyer un email de réactivation ;
- ou déplacer vers une liste “froid”.
- Si le lead a réalisé 3 actions d’engagement (ouvertures, clics, participation), alors :
Traduire vos cartes de process en Zaps fiables et évolutifs
Du schéma au Zap : garder la même structure
Une fois vos process visualisés, la conversion en Zap doit respecter la logique de votre schéma :
- Un déclencheur visuel = le Trigger dans Zapier.
- Chaque rectangle Action = un step d’action (Create, Update, Send…).
- Chaque losange Décision = soit :
- un filtre (Filter) ;
- un chemin conditionnel (Path) ;
- un Zap séparé, déclenché sur une condition différente.
Gardez le schéma ouvert à côté pendant que vous construisez le Zap, et nommez chaque step avec la même logique que sur la carte (“Étape 3 – Qualifier le lead B2B/B2C” plutôt que “Step 3”).
Limiter la complexité par Zap
Votre carte va souvent révéler que certains process sont plus complexes que prévu. Plutôt que de forcer Zapier à tout gérer dans un seul flux, utilisez votre schéma pour :
- identifier les sous-process distincts (ex. “tagging marketing”, “assignation commerciale”, “notifications internes”) ;
- définir des points d’entrée et de sortie clairs pour chaque sous-process ;
- éventuellement connecter plusieurs Zaps via des webhooks ou des événements dans vos outils.
Une architecture avec plusieurs Zaps plus simples, bien documentés sur votre carte, est presque toujours plus robuste qu’un seul Zap tentaculaire.
Documenter directement sur le schéma
Votre carte ne doit pas être figée. À chaque fois que vous :
- ajoutez un nouveau Zap ;
- modifiez un step ;
- changez de CRM, d’outil d’emailing ou de formulaire ;
mettez à jour le schéma correspondant. Ajoutez :
- le nom exact du Zap concerné ;
- l’URL du Zap dans Zapier (pour y accéder en un clic) ;
- des notes sur les hypothèses (ex. “ce Zap suppose que le champ ‘email’ est toujours renseigné”).
Votre carte devient ainsi une véritable “carte d’architecture” de votre automatisation, consultable par toute l’équipe.
Former votre équipe grâce aux cartes de process
Une fois vos process cartographiés, ils deviennent un support de formation idéal :
- Pour les nouveaux arrivants, qui peuvent comprendre rapidement “comment tout circule”.
- Pour les équipes non techniques, qui n’ont pas besoin d’entrer dans Zapier pour saisir la logique.
- Pour discuter d’améliorations : on part du schéma, on identifie les goulots d’étranglement, puis on améliore.
Vous pouvez même organiser des revues régulières de vos cartes de process : une fois par trimestre, par exemple, pour vérifier qu’elles correspondent toujours à la réalité et aux objectifs business.
Approfondir l’utilisation de Zapier en français
Si vous souhaitez aller plus loin dans la mise en pratique de ces cartes de process dans des scénarios concrets (marketing, vente, support, ops), vous pouvez vous appuyer sur notre article spécialisé dédié à Zapier pour les utilisateurs francophones, qui détaille des cas d’usage réels et des configurations adaptées aux outils les plus utilisés sur le marché francophone.
Erreurs fréquentes à éviter quand on cartographie pour Zapier
Vouloir tout automatiser d’un coup
Votre schéma risque de montrer de nombreuses opportunités d’automatisation. Résistez à la tentation de tout lancer immédiatement. Priorisez :
- les tâches à forte fréquence (plusieurs fois par jour ou semaine) ;
- les étapes critiques pour l’expérience client (onboarding, relances, support) ;
- les tâches où l’erreur humaine coûte cher (mauvaise facturation, mauvais contact, oubli de relance).
Schémas trop techniques et illisibles
Si seuls les profils techniques comprennent vos cartes, vous perdez un atout essentiel : la collaboration. Pour rester efficace :
- limitez les symboles à 3 ou 4 types ;
- privilégiez les phrases simples (“Créer lead dans HubSpot”, “Envoyer email de confirmation”) ;
- ajoutez des légendes si nécessaire, mais gardez la vue d’ensemble la plus claire possible.
Ignorer les exceptions et les cas limites
La cartographie n’est pas là seulement pour décrire le “happy path” idéal. Demandez-vous à chaque étape :
- Que se passe-t-il si cette donnée manque ?
- Que se passe-t-il si cette étape échoue (email non envoyé, création de contact impossible, etc.) ?
- Y a-t-il des cas où il ne faut justement pas automatiser ? (clients VIP, cas litigieux…)
Ces réflexions se traduiront ensuite dans Zapier par des filtres, des conditions, des alertes ou des notifications spécifiques.
Ne pas prévoir la maintenance
Votre entreprise évolue, vos outils aussi. Un process figé dans le temps devient un risque. Sur votre carte, notez :
- les dépendances fortes (par exemple un champ spécifique dans un formulaire ou un CRM) ;
- les zones sensibles (là où une mise à jour d’outil peut casser un Zap) ;
- les endroits où une intervention humaine est nécessaire (validation manuelle, exceptions…)
Prévoyez dans votre organisation qui est responsable de chacun des grands process, et appuyez-vous sur la cartographie pour planifier les mises à jour de vos Zaps lorsqu’un outil ou une stratégie évolue.

